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Quand l’écran s’allume, l’enfant s’éteint

Quand l’écran s’allume, l’enfant s’éteint

Quand l’écran s’allume, l’enfant s’éteint

Chloé Genestier

Consultante Senior


Quand l’écran s’allume, l’enfant s’éteint 

Du 19 au 28 mai 2026, le groupe scolaire Jean-Jaurès (maternelle et élémentaire) de Champigny-sur-Marne a relevé le Défi 10 jours sans écrans. Pourquoi ce geste compte et ce qu’il révèle d’une urgence sanitaire encore trop silencieuse. 


Cinq moments de la journée. Dix jours. Pas d’écran le matin avant l’école, pas d’écran le midi, pas d’écran au retour, pas d’écran au dîner, pas d’écran avant de dormir. C’est le protocole du Défi 10 jours sans écrans, porté en France par le Collectif surexposition écrans (CoSE) et l’association Enfance-Télé Danger, et décliné cette année dans des centaines d’établissements à travers le pays. 

Cette année, l’une de nos collaboratrices s’est associée à d’autres parents bénévoles afin d’aider à organiser ce défi au sein du groupe scolaire Jean Jaurès de Champigny-sur-Marne, du 19 au 28 mai 2026, aux côtés des équipes pédagogiques des deux écoles.

ZeTrace, engagé dans une démarche de numérique responsable, a choisi de soutenir et de sponsoriser ce défi, permettant d’offrir à chaque enfant un jeu pour occuper ses loisirs autrement, ainsi qu’un diplôme de fin de défi. 

Mais derrière la fête et les jeux, c'est une alerte profonde qui se dessine. 

« Après des centaines de cas cliniques, quand les enfants arrêtaient les écrans, les troubles disparaissaient. Celui qui ne parlait plus se mettait à parler. Celui qui était agité se calmait. »  Dr Anne-Lise Ducanda, médecin de PMI 


L’épidémie silencieuse 

C’est le titre du livre et le constat clinique du Dr Anne-Lise Ducanda, médecin de Protection maternelle et infantile (PMI) en région parisienne, et cofondatrice du CoSE. Depuis 2014, elle observe dans son cabinet une multiplication par sept des enfants en difficulté : retards de langage, agitation, intolérance à la frustration, maladresse, difficultés de communication. Son diagnostic : 95 % de ces enfants sont surexposés aux écrans récréatifs. 

Les chiffres de la DGESCO confirment cette tendance à l’échelle nationale : entre 2010 et 2018, les troubles du langage chez les 2-11 ans ont augmenté de +94 %, les troubles du psychisme de +54 %, les troubles cognitifs de +24 %. Les troubles physiques (auditifs, visuels, moteurs), eux, restent stables. La variable commune ? La révolution de l’écran dans les foyers. 

Depuis la crise du Covid, les professionnels de l’enfance estiment à 38 % la proportion d’enfants en difficulté dans les établissements scolaires. 

 Des impacts qui varient selon l’âge:

La surexposition aux écrans récréatifs ne produit pas les mêmes effets à tous les âges. Elle s’inscrit dans le développement de l’enfant et en perturbe les stades successifs. 

0 – 3 ans 

Le cerveau se construit dans l'interaction vivante : regards, voix, toucher. Face à un écran, il se déconnecte du monde réel. Retards de langage sévères, troubles de l'attachement, agitation, absence de regard dans les yeux des signes parfois confondus avec d'autres pathologies. 

3 – 6 ans (maternelle)

L'entrée à l'école révèle les fragilités : difficulté à tenir en place, incapacité à écouter une histoire, pauvreté du vocabulaire, intolérance à l'ennui ou à la règle. Des enfants qui n'ont jamais appris à s'ennuyer ni donc à imaginer.

6 – 15 ans (primaire & collège)

Troubles de la concentration et de la mémorisation, baisse des résultats scolaires, comportements impulsifs, isolement social et difficultés relationnelles. Les adolescents, eux, sont exposés aux effets des réseaux sociaux sur l'image de soi, l'anxiété et le sommeil.


Et les applis « éducatives » ? 

Un parent bien intentionné dira : « Mais c’est pour apprendre ! » Le Dr Ducanda est formelle : les applications dites éducatives ne font pas exception pour les tout-petits. Un écran, même habillé en outil pédagogique, prive le jeune enfant de ce dont il a besoin pour se développer : la frustration, l’attente, l’expérience sensorielle du réel, l’interaction humaine. Il surstimule sans jamais laisser l’espace nécessaire à la construction intérieure. L’enfant ne « joue » pas il consomme. 


Ce que disent les chiffres 

Les résultats du questionnaire national 2026 (2 517 répondants parents, élèves, enseignants et organisateurs) sont éloquents : 

93,9 %  des élèves ont participé au défi dans leur établissement. 

80 %  des enfants ont observé au moins une amélioration dans leurs habitudes de vie. 

70 %  des parents ont observé au moins une amélioration dans les habitudes de vie à la maison. 

59 %  des parents ont réduit leur propre consommation d’écran pendant le défi. 

87 %  des parents estiment que le défi a eu une influence positive significative sur les habitudes à la maison. 

91 %  des enseignants ont trouvé le défi d’une utilité significative. 


Ce qu’ils en disent 

Voix d’enfants 

« Mon moment préféré, ça a été lors des repas du soir quand mes parents n’étaient pas sur leur téléphone. » 

« Depuis le défi, je regarde moins. Je me suis senti moins stressée. »

Voix de parents 

« Mon fils était plus calme, cherchait à s’amuser avec ses jouets, faisait travailler son imagination et sa concentration. Il s’est découvert une passion pour les Legos. » 

« Mon enfant a davantage joué seul, en s’imaginant des histoires (inventivité +++). C’est très bien de s’ennuyer ! » 

« Ce sont nous les parents qui avions du mal à poser le téléphone. Nous avons décidé de prendre part au défi. Ce fut compliqué pour nous, mais notre disponibilité auprès des enfants a été bénéfique. » 

Voix d’enseignants 

« Un enfant m’a dit qu’il avait appris à jongler avec 3 balles, un autre a réalisé un élevage d’escargots. Les élèves étaient franchement, dans l’ensemble, très motivés ! » 

« Une élève m’a dit qu’elle avait fait de la cuisine avec ses parents. Comme la télé était éteinte, en même temps qu’ils cuisinaient ensemble, ils se parlaient, ils échangeaient et ils rigolaient ! Elle était ravie ! » 

« Les enfants ont eu une réelle prise de conscience que ne pas utiliser les écrans avait une influence sur leur sommeil, de meilleure qualité. » 

Un défi, une communauté, un signal 

À Champigny-sur-Marne comme dans des centaines d’autres établissements cette année, le Défi 10 jours sans écrans n’est pas une punition c’est une invitation. Jouer, lire, cuisiner, dessiner, se regarder dans les yeux à table. Redécouvrir que l’ennui est une porte, pas un vide. 

Les retours des familles qui ont participé au défi sont éloquents : moins de disputes, meilleure humeur, plus de temps ensemble, un regain d’activité physique et de lecture. Pas une révolution permanente, mais un déclic et la preuve que c’est possible. 


ZeTrace est fier d’avoir contribué à cette expérience humaine et éducative. Parce que le numérique responsable commence aussi à la maison, dès le plus jeune âge. 



Pour aller plus loin :

→ La vidéo de sensibilisation du Dr Ducanda (2017) : rechercher « Dr Ducanda écrans épidémie silencieuse » sur YouTube. 

→ Son livre : Les tout-petits face aux écrans - L’épidémie silencieuse, Éditions du Rocher, 2021. 

→ Le Collectif surexposition écrans (CoSE) : surexpositionecrans.fr 

→ Le Défi 10 jours sans écrans : 10jourssansecrans.org 

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